Carte de presse ou pas ?

Une question peu importante

EP
17 Janvier 2006 20:21
# 23 - 4
Commenter

En sortant de l'école de journalisme, diplôme en poche, j'imaginais que la carte de presse allait également m'être donnée tout de suite, naturellement. La réalité m'a appris que l'obtention de ce précieux sésame (du moins ce que j'imaginais comme tel), qui m'intronisait en tant que journaliste professionnelle, était plus difficile à conquérir que je ne l'avais imaginé.

En fait, pour avoir la carte de presse, lorque l'on débute, il faut pouvoir justifier d'un salaire au moins égal au salaire minimum, pendant 3 mois consécutifs, auprès d'un organe de presse. Les honoraires, les salaires versés par des publications qui ne sont pas reconnues comme organe de presse, les piges dans le domaine de la com, l'activité éditoriale, etc..., tout cela ne compte pas.

Au bout de ces trois mois, si vous répondez à ces critères, vous obtiendrez, après avoir rempli un questionnaire,  une carte de stagiaire.... Faudra attendre un peu avant de pouvoir avoir droit à la carte de journaliste professionnel.

Mais finalement à quoi bon ? Je suis journaliste, rédactrice en chef, pour un magazine qui n'a pas de numéro de commission paritaire, et je n'ai, à ce titre, pas droit à la carte de presse. C'est anormal, totalement, car j'exerce exactement le même métier qu'un journaliste qui travaille pour tout autre support vendu en kiosque. Il me semble même, au risque de passer pour prétentieuse, que j'exerce mieux ce métier que bien d'autres de mes confrères. Je pense que je connais bien toutes les techniques rédactionnelles, tous les styles journalistiques, et que je les applique au quotidien.

Que m'apporterait la carte de presse ? Une reconnaissance, une satisfaction personnelle (quand je l'avais elle ne me servait à rien, mais je l'avais), la possibilité de rentrer dans les musées et salons gratuitement (en fait, je l'ai malgré tout si je veux, il suffit simplement de donner une carte de visite, parfois un magazine, et cela marche), et la possibilité de bénéficier d'un maigre avantage fiscal.

Je fais sans, ce n'est pas bien grave. Mais cela est énervant. Si demain je suis au chômage, je ne pourrais pas aller m'inscrire au CNRJ (Centre national de reclassement des journalistes), mais uniquement à l'Anpe classique.

Si j'avais du temps et de l'énergie,  je militerais en faveur d'une attribution de la carte de presse plus large. En effet, je considère qu'aujourd'hui la presse institutionnelle (conseils généraux, régionaux, chambres de commerce et d'industrie, mairie, etc.) s'est considérablement professionnalisée (enfin, il y a encore des progrès à faire...mais bon c'est un autre débat). Les journalistes qui y travaillent et réalisent un vrai travail journalistique doivent avoir droit à la carte de presse. Non ?

Commentaires

Scios
18 Janvier 2006 22:53 #1 Répondre

Et pourquoi serais-tu au chômage ?

Quand bien même avec un énorme effort je puisse envisager que tu perdes ce poste, tu n'aurais aucune difficulté à en retrouver un, tu le sais n'est-ce pas ?

Les professionnels de ta qualité sont rares, quoi que tu en dises ! ! !

Re:

valeboudec
19 Janvier 2006 21:29 #2 Répondre

C'était une hypothèse applicable à n'importe qui, dans la même situation... Je ne me l'appliquais qu'en tant qu'exemple. Je sais que je ne serai pas licenciée demain, que si c'était le cas, j'aurais des ouvertures sans peine, et que même si je ne trouvais rien (pas de contrat de travail), cela ne m'empêcherait pas de travailler, différemment. Je ne suis pas inquiète à ce sujet. Ce qui est énervant, c'est de se dire qu'on aura pas le droit aux formations dédiées aux journalistes, via le CNRJ, et des formations que je trouve intéressantes. C'est tout.

Etendre ou restreindre ?

Laurent
20 Janvier 2006 16:48 #3 Répondre

Carte de presse ou pas ? C'est un débat qui va bien au-delà sans doute de cette première, et pertinente, observation.

Je me contenterais de quelques observations dans le domaine de l'écrit où je me sens plus autorisé à intervenir.

D'emblée je suis d'accord sur le fait que bien des rédacteurs de presse sans commission paritaire sont plus compétents que beaucoup de pousse-lignes détenteurs de la carte de presse. Sans mépris pour cette tache nécessaire on peut se demander quelle compétence journalistique il faut avoir pour aligner des programmes télés sans commentaires dans les colonnes de certains titres de télé, ce qui n'empêche pas les détenteurs de cette auguste charge d'avoir une carte de presse.

La carte de presse ne sanctionne donc pas un métier, encore moins une compétence, mais l'appartenance à une corporation. Celle, dite, de « la presse ». Qu'est ce que « la presse » ? C'est là tout le cœur du problème. Contre toute attente, il n'existe pas en France "une" définition de la presse mais "des" définitions de la presse. Celle de la loi de 1881 bien sur, mais très large ; celle qui régit la distribution chez les marchands de journaux, très précise mais encore différente de celle qui définit le label presse tel qu'il est accepté par le ministère des finances. En effet, en France, tout ce qui concerne le droit particulier de la presse en matière fiscale, sociale et autres se détermine en fonction d'un statut de presse accordée par la Commission Paritaire des Publications et Agences de Presse. Avec un numéro de CPPAP vous êtes « presse », sans, vous n'êtes pas. Avec vous bénéficiez d'un taux de TVA à 2,10, de tarifs postaux préférentiel, d'aides diverses, directes et indirectes et, et, vos journalistes (rédacteurs, photographes, illustrateurs, maquettistes, etc.) ont droit à la carte de presse. Ce statut induit des charges sociales moindres pour l'employeur et un forfait non imposable pour les salariés. Comme les Pipiers de Saint Claude dont tous les dirigeants de presse ont toujours su historiquement prendre la défense afin d’éviter tout effet domino (il faut rappeler que les directeurs de publication bénéficient aussi de cet abattement, c'est donc un intérêt commun conjoncturel...).

Donc revendiquer la carte de presse en tant que rédacteur quelque soit la nature du produit éditorial, dans le schéma actuel, c'est revendiquer que toute production éditoriale soit labelliser presse d'un point de vue économique et fiscal.

Donc, c'est revendiquer que soit attribué à toute cette activité des aides directes et indirectes prélevé sur le budget de l'état donc sur l'usage de mes impôts, directs (revenus) ou indirects (TVA).

Or moi, et beaucoup d'autres choses l'espérer, je ne vois pas pourquoi l'état, dont je suis co-gestionnaire théorique à hauteur d'un soixante trois millionième, aidera financièrement, TéléNuls, Galéjade, Salle de Bains magazine ou Vivendi hebdo !

Je serais plutôt pour réduire les aides au secteur de la presse d'opinion ou non-commerciale (associative).

Re: Etendre ou restreindre ?

valeboudec
21 Janvier 2006 10:33 #4 Répondre

C'est un point de vue intéressant, et un autre débat. J'ai l'impression qu'il y a un énorme chantier auquel il faudrait s'atteler pour réformer et adapter les choses au contexte actuel.

Bien des textes ont été appliqué et étaient valables il y a quelques années encore. Cependant les époques changent, les manières de travailler évoluent, le secteur de la presse a totalement éclaté et on se retrouve avec des kiosques surencombrés de titres qui ne sont pas des organes de presse, au sens noble du terme.

C'est vrai que tout cela pose problème.

Discussions actives